... Claude Pauquet repart ainsi sur l’itinéraire de la déportation de sa mère en refaisant, pas à pas, le voyage du convoi de Romainville à Mauthausen, via Auschwitz, Birkenau, et Ravensbrück.
Dans ces images sobres au format panoramique, Claude Pauquet restitue ce temps figé, le poids des choses et le silence qui baigne aujourd’hui ces lieux qui n’ont connu que l’horreur. Il le fait avec un tact et une réserve d’autant plus louable qu’il est partie prenante du drame que conte, dans un texte poignant, sa mère, rescapée miraculeuse de cet enfer. Un témoignage puissant et émouvant sur l’ineffaçable……
Jean Claude Gautrand, in le photographe. N° 1604.
C’est pourquoi le projet photographique de Claude Pauquet dont découle son livre Convoi vers l’Est et Retour est exemplaire. Refaisant le parcours de sa mère déportée (et survivante, l’un des rares du convoi du 24 janvier : Geneviève Pakula), quelque quarante ans plus tard, mais aux mêmes saisons, il ne prend pas sa place, il ne raconte pas d’histoires inutiles, il ne sur-dramatise pas ce qui n’en a pas besoin. Il se tient à distance, se trouvant là a posteriori, témoin évidemment impossible de ce qu’il n’a pas vécu mais témoin tout de même, autrement. Et « témoin » qui, par la photographie, nous offre cet espace à habiter mentalement, celui d’aujourd’hui qui n’est pas celui d’hier, qui n’est pas nôtre et qui ne le sera jamais, mais qui est une manière pour lui et pour nous d’en être, tout de même, parce que « nous tous, même ceux qui sont nés plus tard, sommes en quelque sorte des survivants de l’holocauste ».
Dominique Moncond’huy, in Les camps et la littérature, La Licorne/PUR, Rennes 2006.